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Transitions

Cycle de conférences-débats

Exprimant le passage d'un état et un autre, la transition est un processus fondamental à tout développement, toute transformation, toute modification de position ou d’espace, toute bifurcation. Elle exprime la dynamique plus ou moins perceptible et durable d’un changement.
La transition peut être un passage, une évolution, une variation, une progression, une dégradation, jamais une stagnation. Elle implique nécessairement, c’est selon, un avant et un après, un ici et un là, une structure et une autre. Elle est présence dynamique.
Elle trouve sa place dans les évolutions de l’univers et de la nature, dans celles de leurs descriptions et modélisations, tout comme dans celles des civilisations, des hommes, de la pensée : les mathématiques, les sciences, les philosophies, les sociétés - leurs modes d’être et de s’organiser, leurs cultures, leurs idéologies -, les hommes et les femmes, leurs vies, les mœurs, la sexualité sont concernés.
Ses champs d'applications sont si multiples, les disciplines concernées si nombreuses, que le pluriel s'impose. Si les transitions se déclinent sous diverses réalités, en quoi se ra/ressemblent-elles ?
Le cycle sur les transitions tentera de mettre en lumière quelques-uns de ses champs d'application tout en réfléchissant sur la fragilité inhérente à cette notion décidément tour à tour en tension ou en équilibre.

Programme

Les conférences se tiennent, selon les cas, à l'Espace Culture, au CERLA ou à LILLIAD. Les trois bâtiments se situent sur le site de la Cité Scientifique de l'université de Lille.

Si cette icône apparaît sur l'illustration, cliquez dessus pour visionner l'enregistrement de la conférence.

11 janvier 2022, Espace Culture, 18h00

Sylvain Billiard, Les transitions dans l'évolution des êtres vivants : pourquoi n'y a-t-il pas uniquement des « individus » ?

Répondant: Bernard Maitte

L'algue Volvox. Photo Michel Delarue

Le monde vivant se caractérise par un emboîtement vertigineux de différentes échelles d'organisation : de la molécule à la biosphère, en passant par les cellules, les organismes ou les espèces. Une question se pose : comment les flux de matière et d'énergie, d'une part, et les transferts d'information, d'autre part, s'effectuent-ils entre ces niveaux hiérarchiques ? Les flux de matière et d'énergie sont aujourd'hui bien compris. Beaucoup reste cependant à comprendre quant aux règles qui régissent l'(auto-)organisation, la structure, la forme des différentes échelles du vivant. Il se trouve que l'information est justement l'objet sur lequel agit la sélection naturelle Darwinienne. J'exposerai, à travers plusieurs exemples, comment certaines transformations des modes de transmission de l'information, du fait de la sélection naturelle, ont constitué des transitions majeures et expliquent l'existence des chromosomes, des organismes multicellulaires, des sociétés, et peut-être au-delà.

Sylvain Billiard est maître de conférences au laboratoire de Génétique et Évolution des Populations Végétales, à l'université de Lille

Bernard Maitte est professeur émérite à l'université de Lille

01 mars 2022, Espace Culture, 18h00

Christophe Niewiadomski, Transitions socioéconomiques et santé. Entre contraintes budgétaires et souci du bien commun

Répondant: Francis Danvers

Tête-visage-sculpture

Cette conférence s'organisera selon une triple logique : dans un premier temps, nous aborderons le contexte de la pandémie de coronavirus et la manière dont cette dernière a profondément affecté nos modes de vie et de sociabilité. Plus de cent pays ont en effet été infectés dans toutes les zones du globe, alors que la majorité de la population mondiale s'est trouvée sommée de se confiner dans des conditions à la fois très hétérogènes et révélatrices d'inégalités sociales de santé particulièrement vives. Dans un deuxième temps, nous aborderons le contexte d'émergence des histoires de vie de collectivité et leur importance dans le domaine de la construction d'un lien social qui, à bien des égards, s'avère fragilisé dans nos sociétés contemporaines. Dans un troisième temps, nous présenterons un travail de recherche-action mené dans un service hospitalo-universitaire de néphrologie et d'immunologie clinique. Cette recherche, qui s'appuie sur la méthodologie des histoires de vie de collectivité, a été menée conjointement avec une cinquantaine de professionnels de santé et de malades pendant une période de deux ans, avant de déboucher sur une écriture collective ayant donné lieu à la publication d'un ouvrage. Nous commenterons ici quelques-uns des résultats de cette recherche afin de montrer combien le « facteur humain » et la réalité biographique des individus doivent être impérativement pris en compte afin de contourner l'écueil des seules dimensions biologiques, organisationnelles et comptables qui, jusqu'aujourd'hui, s'imposent dans nos systèmes de santé. Nous tenterons ainsi de montrer pourquoi l'hôpital et les services médicosociaux ne peuvent être considérés comme de simples entreprises.

Christophe Niewiadomski est professeur en Sciences de l’éducation à l’université de Lille, directeur de la Maison Européenne des Sciences de l’Homme et de la Société.

Francis Danvers est professeur émérite des universités, vice-président de l'université populaire de Lille et président de l'ALEA

08 mars 2022, Espace Culture, 18h00

Jean-Paul Delahaye, Les transitions mathématiques entre discret et continu

Répondant: Alain Vienne

Maurits Escher

Les démonstrations mathématiques sont faites de symboles discrets, pourtant elles ont l'ambition de nous aider à comprendre le continu. Est-ce possible ? De même, l'informatique avec ses bits, 0 ou 1, semble en bien mauvaise position pour traiter du continu du temps ou de l'espace ? Une variété de tentatives a été mise en œuvre et ne semble pas avoir toujours échoué. N'est-ce pas étonnant ? Est-ce que par nature les mathématiques et l'informatique ne risquent pas de toujours manquer quelque chose du continu, et n'en donner qu'une connaissance incomplète ?

Jean-Paul Delahaye est mathématicien et informaticien. Il est professeur émérite à l'université de Lille et membre du laboratoire CNRS Cristal. Il est auteur de nombreux livres et tient la rubrique « Logique et calcul » de la revue Pour la science

Alain Vienne est professeur à l'université de Lille, directeur de l’observatoire de Lille

22 mars 2022, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Jean-Pierre Boutinet, Étapes, crises et transitions à l'âge adulte

Répondant: Francis Danvers

Photo M.L. Lorthiois

Évoquer aujourd'hui l'âge adulte, c'est vouloir s'intéresser à une période de l'existence somme toute banale, puisqu'elle se définit comme porteuse de maturité. Il en va en effet tout autrement pour les autres âges de la vie, celui de l'enfance confronté à son propre développement tout comme l'adolescent l'est à son désir de reconnaissance et le jeune à la recherche d'une possible insertion ; d'un autre côté la personne avancée en âge reste préoccupée par son maintien en bonne santé et le vieillard guette la montée de ses dépendances. Alors qu'en est-il donc de la vie adulte ? Depuis un siècle, l'espérance de vie s'est allongée de façon spectaculaire, impactant surtout la durée d'une vie adulte qui pour la majorité de nos contemporains, dépasse maintenant le demi-siècle. Dans le contexte présentiste de notre postmodernité, plutôt que de se dérouler selon un long fleuve tranquille, cette vie à rallonges suit des méandres souvent non prévus. C'est à la découverte de ces méandres que nous allons partir, que ceux-ci soient consignés en mémoire dans une histoire de vie ou vécus présentement dans une mobilité commandée par les évènements ou encore orientée par des projets.

Jean-Pierre Boutinet est psychosociologue, professeur émérite à l’université de l’Ouest.

Francis Danvers est professeur émérite des universités, vice-président de l'université populaire de Lille et président de l'ALEA

05 avril 2022, Espace Culture, 18h00

Bernard Maitte, La transition géocentrisme-héliocentrisme

Répondant: Alain Vienne

Camille Flammarion

Le passage d'un monde clos à un monde infini ne s'est pas effectué grâce à une « Révolution copernicienne », mais, au cours de quatre siècles, par des ajustements successifs puis des changements conceptuels soulevant divers types de difficultés. Nous décrirons la cohérence de la machinerie géocentrique avant d'évoquer les déplacements successifs et les pas de côté permis au Moyen Âge par la vision pythagoricienne du monde, le décentrement de la Terre par Tutsi, l'unification du monde par les peintres du Quattrocento, la discussion des mouvements par Buridan, leur relativité par Nicole Oresme, l'introduction d'un monde infini par Nicolas de Cues. A la Renaissance, les Réformes protestantes et catholique réaffirment le primat du dogme et le géocentrisme.
C'est alors, qu'imprégné par Quattrocento et vision pythagoricienne du monde, Nicolas Copernic propose un système qui ne rompt pas définitivement avec l'ancien et pose plus de problèmes qu'elle n'en résout. Les places relatives du Soleil et de la Terre, la finitude ou non du monde sont ensuite discutées dans un climat de luttes contre églises et traditions, où s'illustrent, chacun à sa manière, Giordano Bruno, Kepler, Galilée, Descartes, Newton, avant que Laplace revisite, sécularise et impose la vision newtonienne du monde.
C'est cette aventure de la pensée plurielle amenant une transition fondamentale dans notre vision du monde que nous retracerons.

Bernard Maitte est professeur émérite à l'université de Lille

Alain Vienne est professeur à l'université de Lille, directeur de l’observatoire de Lille

10 mai 2022, Espace Culture, 18h00

Maria Pagoni, L'accompagnement des transitions professionnelles raconté par les conseillers

Répondant: Francis Danvers

Quelle porte choisir ? Illustration iStock

L'accompagnement des transitions professionnelles a considérablement évolué les 10 dernières années notamment par l'apparition du Conseil en Évolution Professionnelle (CEP). Ce nouveau service censé être accessible gratuitement par tous les actifs (jeunes en insertion professionnelle, salariés, demandeurs d'emploi) s'appuie d'une part sur le principe d'autonomie et de responsabilisation des personnes qui en bénéficient et d'autre part, sur la prise en compte de l'économie du marché de l'emploi. Dans le cadre d'une recherche menée par le laboratoire CIREL à l'Université de Lille, les conseillers du CEP racontent les stratégies d'accompagnement qu'ils adoptent pour faire face à ces deux principes qui semblent à première vue contradictoires.

Maria Pagoni est professeure des universités en sciences de l'éducation. Elle est directrice du laboratoire CIREL.

Francis Danvers est professeur émérite des universités, vice-président de l'université populaire de Lille et président de l'ALEA

07 juin 2022, Espace Culture, 18h00

Corinne Baujard, Christophe Plantin, imprimeur à Anvers au XVIème siècle

Répondant: Francis Danvers

Musée Plantin-Moretus, Anvers. Photo C. Baujard

Christophe Plantin (1520-1589) est un éditeur emblématique de la Renaissance flamande dans une société en pleine transformation. Son cheminement personnel offre l'occasion de proposer un regard analytique sur le rapport entre une activité entreprenante et une forme entrepreneuriale de l'activité. A partir d'une exploration des archives du musée Plantin-Moretus à Anvers, la démarche menée renouvelle la façon de penser l'entrepreneuriat tant au niveau de la recherche que de la pratique. Ce petit typographe développe progressivement un répertoire de compétences spécifiques (prise de conscience, compréhension et transformation par soi-même) alimenté par un apprentissage réflexif tiré de l'expérience. Le mouvement intellectuel et éditorial historique de cette période est l'occasion d'une prise de conscience distancée en termes de rupture avec le passé, et non de continuité.

Corinne Baujard est professeure à l’université de Lille en sciences de l’éducation (CIREL)

Francis Danvers est professeur émérite des universités, vice-président de l'université populaire de Lille et président de l'ALEA

Archives

28 septembre 2021, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Pascal Chabot, L'âge des transitions

Répondant: Alain Cambier

Spiral Jetty, Robert Smithson

Autour du terme « transition », un nouvel imaginaire du changement cristallise. Des préférences s'y dessinent, des impasses s'y évitent. Mais quels sont les traits significatifs de ce changement? Comment les différentes transitions en cours (énergétiques, démocratiques, démographiques, numériques) convergent-elles ou, au contraire, font-elles voir des divergences, voire des impasses ? Et comment cet imaginaire fait-il face à la montée en puissance d'ultraforces qui, sur la planète, imposent un mode de vie à forte composante technique ? Ce sont ces questions qu'il faudra explorer pour mettre au jour un nouveau rapport au futur, plus nécessaire que jamais à l'heure des catastrophes, mais aussi à l'heure des résolutions.

Pascal Chabot est philosophe. Il enseigne à l’Ihecs (Bruxelles) et est notamment l’auteur aux PUF de Global burn-out (2013), L’âge des transitions (2015), Exister, résister. Ce qui dépend de nous (2017), Traité des libres qualités (2019), Avoir le temps. Essai de chronosophie (2021)

Alain Cambier est Docteur en philosophie, professeur de chaire supérieure, chercheur associé au laboratoire « Savoirs, textes, langage »

12 octobre 2021, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Chantal Jaquet, Les transitions transclasses

Répondant: Charlotte Meurin

Crédit Zhuwei06191973

Si la reproduction sociale tend à empêcher les changements de classe sociale, il n'en reste pas moins que certains individus seuls ou en groupe deviennent des transclasses. La transition d'une classe sociale à l'autre s'accompagne souvent de tiraillements et de fluctuations d'identité liés à une posture d'entre-deux. C'est cette transition transclasse et ses effets psychosociaux qu'il s'agira d'examiner.

Chantal Jaquet est philosophe, professeure de philosophie moderne à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Spécialiste de Spinoza et de la philosophie sociale, elle est à l'origine du concept des « transclasses » et auteure aux PUF de Les transclasses ou la non reproduction (2014)

Charlotte Meurin est bibliothécaire

19 octobre 2021, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Alain Cambier, Les transformations sociétales

Répondant: Francis Danvers

Foules, Michel Houssin (Arles)

« Sociétal » est un anglicisme admis dans la langue française dès les années 1970, dans le contexte d'une émancipation décisive des mœurs. Jusqu'alors les problèmes de la société semblaient relever surtout du traitement de la question sociale : l'émergence d'une modalisation de ces problèmes sous leur forme sociétale a été concomitante du rôle innovateur joué par la société civile. La loi sur l'IVG en 1975 peut être considérée comme la première institutionnalisation d'une revendication sociétale. Depuis, la loi de 2013 sur le « mariage pour tous » tout comme la loi sur la PMA témoignent de cette revendication persistante de réaménagements des modes de vie. L'approche compréhensive des phénomènes sociétaux permet de cerner le dynamisme des processus d'individuation au sein d'une société ouverte. Les transformations sociétales soulignent la dimension nécessairement transactionnelle de toute démocratie pour articuler préoccupations individuées et institutions collectives.

Alain Cambier est Docteur en philosophie, professeur de chaire supérieure, chercheur associé au laboratoire « Savoirs, textes, langage »

Francis Danvers est professeur émérite des universités, vice-président de l'université populaire de Lille et président de l'ALEA

16 novembre 2021, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Nicolas Gauvrit, Qu'est-ce qui vous fait penser que je suis un homme ?

Répondant: Jean-Paul Delahaye

Hermaphrodite endormi, F. Milhomme, ~1808 (crédit Jamain)

Si une vision essentialiste de l'identité sexuelle a longtemps dominé dans le grand public, on assiste depuis quelques décennies à un discours radicalement socioconstructiviste, selon lequel toute différence psychologique entre les sexes est le fruit quasi exclusif d'un biais culturel, souvent ancien. Pour certains, affirmer le rôle prédominant et presque exclusif de la culture est un pas nécessaire pour défendre une égalité de traitement.
Nous verrons que l'existence de stéréotypes sexistes est en effet bien établie mais que la force de l'effet qu'ils peuvent avoir sur les différences véritables reste discutée. Nous verrons aussi que l'existence d'autres causes de décalage, d'ordre biologique, sont également bien documentées, sans que cela remette en cause en quelque façon le combat pour l'égalité des sexes.
Les différences sexuelles sont plus probablement le reflet d'une rétroaction que la culture a sur l'inné, qui amplifie des écarts préexistant dans une moindre mesure.

Nicolas Gauvrit est psychologue du développement et chercheur en sciences cognitives au laboratoire CHart (École pratique des hautes études, Paris)

Jean-Paul Delahaye est mathématicien et informaticien. Il est professeur émérite à l'université de Lille et membre du laboratoire CNRS Cristal. Il est auteur de nombreux livres et tient la rubrique « Logique et calcul » de la revue Pour la science