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L'eau

Cycle de conférences-débats

Une des caractéristiques de la Terre est la grande quantité d’eau qu’elle retient. Celle-ci influence sa dynamique interne, est dissoute dans le manteau terrestre, détermine la répartition des continents et leurs affrontements au cours des temps géologiques. En circulation permanente entre l’océan - où est née la vie -, l’atmosphère, la surface des terres, son cycle conditionne la distribution des climats et leurs effets, dans l’espace et dans le temps. Elle possède de bien singulières propriétés physiques et chimiques qui en font un excellent solvant.
Cette présence d’eau et ses propriétés ont permis la vie et son développement. Elle représente 65% de la masse de notre corps, où elle participe aux transports de l’oxygène, des nutriments, des hormones, des déchets, aux réactions chimiques qui s’y déroulent, à la régulation de la température.
Toutes les civilisations se sont développées grâce à la présence d’eau. Elle est source d’énergie, facilite les transports, le développement des agricultures, des industries. Inégalement répartie sur les terres émergées, des peuples souffrent de la soif et l’économisent, alors que d’autres la gaspillent. Sa possession n’a jamais cessé d’être un enjeu géopolitique fondamental, engendrant des conflits.
L’urbanisation et sa consommation peu attentive ou raisonnée réduit les réserves, y diffuse des polluants : l’insuffisance de l’eau, sa mauvaise qualité sont alors dues à des excès. Notre civilisation est parvenue à ce sujet à un paroxysme : il convient de développer la sobriété, mieux gérer cette ressource essentielle, veiller à ce que tous les peuples puissent en disposer.
Le cycle explorera, en les contextualisant, les représentations philosophiques, symboliques, scientifiques de l’eau, ses propriétés et utilisations, ses gestions, les choix qui s’offrent à notre société et entre lesquels doit trancher la démocratie.

Programme

Les conférences se tiennent, selon les cas, au CERLA, à l'institut Chevreul ou à LILLIAD. Les trois bâtiments se situent sur le site de la Cité Scientifique de l'université de Lille.

Si cette icône apparaît sur l'illustration, cliquez dessus pour visionner l'enregistrement de la conférence.

09 novembre 2021, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Francis Meilliez, Les petits circuits de l'eau en région et leur évolution dans le temps

Répondant: Bernard Maitte

Si vous avez eu la chance de passer le Certificat d'Études, souvenez-vous : le problème des robinets, la concurrence entre celui qui remplit la baignoire et celui qui la vide ! Voilà l'archétype du petit circuit de l'eau. Les parties les plus plates du territoire de la Région Hauts-de-France (plaines) sont constellées de fermes isolées ceinturées d'un fossé, système naturel d'assainissement. Dans la cour intérieure de l'espace bâti, voire dans une pièce fermée, un puits ou une pompe donne accès à une eau souterraine prélevée dans les sables sous-jacents, ou mieux un peu plus bas, dans la craie. Voilà un beau système réduit qui enseigne vite à ajuster sa consommation sur l'alimentation naturelle.
Conséquence du mouvement hygiéniste qui, depuis le dernier tiers du XIXe siècle, a converti la population puis l'Administration, le citoyen d'aujourd'hui, même s'il habite « à la campagne », a le plus souvent oublié qu'il ne va pas de soi de réguler sa consommation d'eau simplement en tirant une chasse ou en ouvrant un robinet. La situation de stress hydrique qui devient permanente dans de nombreux secteurs de la région doit poser questions.
Prendre l'eau du voisin pour compenser est une mauvaise réponse à une vraie question. Dans nos territoires, il n'est pas aisé non plus de trouver l'équilibre au niveau du bassin versant, souvent mal défini à cause d'un relief trop peu contrasté, que l'urbanisme transgresse facilement. Une solution idéale consisterait à refondre tous les réseaux pour constituer des systèmes dans lesquels les usages de l'eau se compenseraient. Bienvenue en Utopia ! Mais ça n'empêche pas d'y réfléchir …

Francis Meilliez est Professeur émérite à l'université de Lille, Directeur de la Société Géologique du Nord

Bernard Maitte est Professeur émérite à l'université de Lille. Fondateur et premier directeur du Forum des Sciences, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Histoire de l'arc-en-ciel (Seuil) et Une histoire de la lumière de Platon au photon (Seuil)

01 février 2022, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Olivier Moussis, Les mondes océans – l'eau dans le système solaire et au-delà

Répondant: Alain Vienne

NASA

L'eau, sous ses diverses formes, imprègne le système solaire, depuis des traces de vapeur sur le Soleil lui-même à la glace d'eau dans la composition probable de Pluton et des objets de la ceinture de Kuiper situés au-delà. Les astronomes voient la signature de l'eau dans les nuages moléculaires géants entre les étoiles, dans les disques de matière qui représentent les systèmes planétaires nouveau-nés, et dans les atmosphères d'exoplanètes en orbite autour d'autres étoiles.

Olivier Mousis est Professeur au Laboratoire d’Astrophysique de Marseille (LAM) de l'université de Aix-Marseille. Il étudie l’origine et l’évolution des systèmes planétaires

Alain Vienne est professeur à l'université de Lille, directeur de son observatoire

Archives

21 septembre 2021, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Guillaume Stirnemann, Plongée moléculaire au cœur d'un verre d'eau

Répondant: Francis Meilliez

L'eau est d'une simplicité déconcertante du point de vue moléculaire : trois atomes abondants dans l'Univers qui s'assemblent en une petite molécule coudée. Pourtant, cette géométrie et les propriétés chimiques de l'oxygène et de l'hydrogène donnent lieu à des comportements physico-chimiques extraordinaires, voire anormaux, qui distinguent l'eau de la très vaste majorité des autres espèces. Sans ces propriétés si particulières, on estime aujourd'hui que la vie n'aurait pas pu apparaitre sur Terre : ce n'est donc pas une surprise si la recherche de la vie dans l'Univers passe notamment par la recherche d'eau liquide sur d'autres planètes.
Mais qu'est-ce qui distingue donc la molécule d'eau de toutes les autres molécules ? Nous verrons que cela tient essentiellement à l'existence d'une interaction particulière entre une molécule et ses voisines, appelée liaison hydrogène. Ni tout à fait aussi forte qu'une liaison chimique, mais bien plus qu'une interaction intermoléculaire habituelle, la liaison hydrogène donne lieu à une organisation tridimensionnelle unique de l'eau liquide, à la fois très structurée, mais aussi en proie à des mouvements incessants : une molécule change ainsi de voisine en moyenne deux cent milliards de fois par seconde.
Lors de cette conférence, nous discuterons ces caractéristiques uniques de l'eau à l'échelle moléculaire. Nous verrons pourquoi c'est le seul liquide qui ait pu raisonnablement mener à l'apparition de la vie telle que nous la connaissons. Nous aurons aussi l'occasion de démontrer l'incompatibilité de concepts tels que la mémoire de l'eau et l'homéopathie avec ces propriétés moléculaires.
Qui pourrait se douter qu'un verre d'eau cache autant de comportements extraordinaires ?

Guillaume Stirnemann est membre du CNRS Institut de Biologie Physico-Chimique, Laboratoire de Biochimie Théorique, Paris

Francis Meilliez est Professeur émérite à l'université de Lille, Directeur de la Société Géologique du Nord

05 octobre 2021, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Jean-Paul Krivine, Mémoire de l'eau et l'homéopathie

Répondant: Jean-Paul Delahaye

Samuel Hahnemann

L'homéopathie postule une action pharmacologique de produits dilués à tel point qu'il ne reste plus aucune molécule du produit initial. Aussi, quand en 1988 une équipe de scientifiques français publie un article dans la prestigieuse revue Nature affirmant avoir réussi à provoquer une réaction sur des globules blancs à partir d'une eau ayant contenu des anticorps, mais dilués de telle sorte que plus aucun anticorps ne subsiste, les partisans de l'homéopathie ont cru identifier les bases théoriques manquantes d'une pratique thérapeutique qui peine à fournir les preuves de son efficacité.

La saga de la mémoire de l'eau va se développer des années durant entre expériences non reproduites, remise en cause des fondements de la chimie et vives controverses autour de l'homéopathie… Elle se poursuit aujourd'hui autour de « nouvelles théories » sur la « biologie numérique » capable de transmettre à distance des signaux biologiques.

Jean-Paul Krivine est Ingénieur informaticien, rédacteur en chef de la revue Science et pseudo-sciences et a présidé l’Afis (Association Française pour Information scientifique)

Jean-Paul Delahaye est mathématicien et informaticien. Il est professeur émérite à l'Université de Lille et membre du laboratoire CNRS Cristal. Il est auteur de nombreux livres et tient la rubrique « Logique et calcul » de la revue Pour la science