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Inégalités

Cycle de conférences-débats

Parlons des inégalités. Non seulement en mathématiques, physique, chimie et sciences naturelles, mais aussi de celles qui déchirent notre société, de celles que génèrent le capitalisme, de celles que l'on masque en feignant confondre identité et égalité, une égalité inscrite pourtant sur les frontons de tous les bâtiments publics de notre République.

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14 janvier 2020, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Sylvain Billiard, Des inégalités dans le vivant

Répondant: Francis Meilliez

Illustration Susanne Jutzeler

Les êtres vivants sont souvent appréciés pour leur immense diversité. Classifier les êtres vivants est un des objectifs de la biologie depuis au moins le 18e siècle. Mais sur quels principes organiser cette classification ? Carl von Linné et le comte de Buffon en ont posé les bases au 18e siècle : il s'agit de quantifier ressemblances et différences entre espèces.
Depuis, ces principes ont été étendus à toutes les échelles du vivant : des gènes aux écosystèmes. Mais que signifient précisément quantifier différences et ressemblances ? Comment les biologistes effectuent-ils ces mesures ? Comment mettent-ils en évidence égalités ou inégalités ? Quelles interprétations et explications en donnent-ils ?
Nous verrons que différentes méthodes de comparaison de populations sont mises en oeuvre, très souvent basées sur des tests statistiques. Nous présenterons ensuite les mécanismes expliquant différences et ressemblances, notamment l'importance donnée au hasard. Enfin, nous discuterons des biais idéologiques dont souffre la biologie quand il s'agit de démontrer l'existence ou non d'inégalités entre sexes, genres, races, etc.

Sylvain Billiard est maître de conférences au laboratoire de Génétique et Évolution des Populations Végétales, à l'université de Lille

Francis Meilliez est professeur émérite à l'université de Lille, directeur de la Société Géologique du Nord

11 février 2020, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

François-Xavier Devetter, Croissance des inégalités et transformation des professions : comment repenser les métiers des services « non qualifiés » ?

Répondant: Bernard Maitte

Les mutations de l'emploi depuis trente ans ont été marquées par la croissance des inégalités. Le développement d'une « économie de la connaissance » s'est certes traduit par la croissance d'emplois très qualifiés (cadres et ingénieurs) mais il s'est aussi accompagné d'un maintien voire d'un renouveau d'emplois peu qualifiés. Ce phénomène de « polarisation » a été étudié tant aux États-Unis qu'en Europe mais les analyses traditionnelles s'appuient essentiellement sur les transformations technologiques qui ont touché l'industrie. Pourtant, une grande partie des métiers du « bas de l'échelle » (aides à domicile, nettoyeur.euse.s, agents de services, assistant.e.s maternel.le.s) en croissance sont des professions féminines, majoritairement dans les services et ces dernières sont souvent oubliées dans les analyses de la polarisation. Or leur développement n'est pas indépendant des politiques publiques mises en œuvre. Bien au contraire les faibles salaires dans ces services résultent d'un ensemble de mécanismes qui sont le fruit d'une construction sociopolitique et socioéconomique. La mauvaise qualité de ces emplois relève ainsi de stratégies publiques comme privées : déni des pénibilités et des compétences mobilisées, dérégulation et division de la main d'œuvre, construction d'un « excès de main d'œuvre » empêchent ainsi une progression durable de la qualité de ces emplois. D'autres voies d'organisations et de structuration sont cependant envisageables.

François-Xavier Devetter est professeur de sciences économiques (Université de Lille, IMT Lille-Douai, CLERSE). Ses travaux portent essentiellement sur les emplois peu qualifiés des services et notamment sur les activités de nettoyage

Bernard Maitte est professeur émérite à l'université de Lille

[Reporté] 24 mars 2020, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Anne Fretel et Florence Jany-Catrice, De quoi « territoire zéro chômeurs » est-il le nom ?

Répondant: Bernard Maitte

Le dispositif Territoire zéro chômeur vise la réduction du chômage de longue durée. À partir d'une expérimentation sur dix petits territoires (moins de 10 000 habitants), il met en œuvre un projet muri pendant des années par l'association ATD, grâce au soutien de l'État, et de la loi du 29 février 2016 d'expérimentation territoriale. Dans son principe, il s'agit de transformer les « dépenses passives » (allocations chômage, RSA etc.) en « dépenses actives » c'est-à-dire en salaires. Les chômeurs de longue durée qui sont volontaires peuvent donc être embauchés par une entreprise à but d'emploi, créée à cette occasion. Le projet introduit des éléments importants puisque dans son principe, il n'y a pas de contrainte d'entrée dans le projet pour les personnes privées d'emploi éligibles ; le projet inverse l'explication du chômage, celui-ci serait dû à l'incapacité des entreprises à mobiliser les compétences des chômeurs, et non pas à un manque de volonté des personnes privées d'emploi. Enfin, l'emploi, en CDI à temps choisi, est posé comme un droit.
Florence Jany-Catrice et Anne Fretel ont suivi pendant 18 mois la mise en œuvre de l'expérimentation de la métropole de Lille et plus précisément des territoires des Oliveaux à Loos et du Triangle de Menin à Tourcoing. Elles proposent de présenter quelques résultats de leurs travaux : comment le projet est-il né ? De quoi le projet est-il le nom pour ses promoteurs ? Comment les salariés organisent-ils le travail ? Au-delà des 140 contrats en CDI créés par l'entreprise à but d'emploi dans la métropole, identifie-t-on des difficultés dans la mise en œuvre de ce projet « innovant » ?

Anne Fretel est Maître de conférences en sciences économiques et sociales et chercheure à l'université de Lille au CLERSE (Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques). Elle travaille sur les politiques d'emploi et l'économie du travail

Florence Jany-Catrice est professeur d'économie à l'université de Lille et chercheuse au Clersé (UMR8019). Elle travaille sur l'économie de la qualité, les enjeux de mesure et d'évaluation, l'économie des services et l'économie sociale et solidaire. Elle est l'auteur de nombreux ouvrages

Bernard Maitte est professeur émérite à l'université de Lille

[Reporté] 16 juin 2020, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Collectif Rosa Bonheur, La Ville vue d'en bas : transformations du travail et de l'espace urbain populaire

Répondant: Francis Danvers

La désindustrialisation à l'œuvre depuis les années 1970 a confiné des pans entiers des classes populaires aux marges du salariat. Tenues à l'écart des principaux circuits marchands, ces populations ont dû réorganiser leur travail et leur vie quotidienne de manière à satisfaire les besoins essentiels à leur subsistance, selon une dynamique qui confère une centralité nouvelle à l'espace urbain : pour elles, l'accès à la plupart des ressources matérielles et symboliques nécessaires au maintien d'une existence digne est intimement lié à leur ancrage territorial.
Or, les pratiques attachées à cette centralité populaire sont aujourd'hui contestées. Prises dans la course à la métropolisation, certaines villes voudraient en définitive remplacer ces populations, dont elles considèrent qu'elles « ne font rien », par d'autres issues des classes moyennes et supérieures, n'hésitant pas à agiter le spectre du communautarisme et celui du ghetto. Il s'agit, au contraire, de saisir ce qu'impliquent les processus contemporains de fragmentation de l'espace social pour des personnes qui ne sont ni plus ni moins que des travailleuses et des travailleurs.

Le collectif Rosa-Bonheur s'est consacré depuis 2011 à l'analyse sociologique de l'organisation de la vie quotidienne dans les espaces désindustrialisés, à partir d'une grille de lecture matérialiste. Il est composé de Anne Bory, José-Angel Calderón, Yoan Miot, Blandine Mortain, Juliette Verdière et Cécile Vignal

Francis Danvers est professeur émérite des universités, vice-président de l'université populaire de Lille et président de l'ALEA

29 septembre 2020, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Jean-Paul Delahaye, Singularités statistiques et usages inégaux des chiffres et des nombres : loi de Benford et variantes

Répondant: Bernard Maitte

Illustration Jean-Paul Delahaye

Les nombres indiquant les longueurs des fleuves mesurées en kilomètres ont un premier chiffre qui dans plus de 30 % des cas est un '1', et dans moins de 5% des cas est un '9'. C'est vrai aussi pour les nombres correspondant aux populations des villes mesurées en nombre d'habitants. Il s'agit d'une loi découverte il y a plus d'un siècle – dénommée loi de Benford – qui a étonné les statisticiens et que les mathématiciens tentent de comprendre. Cette inégalité fréquentielle entre chiffres est étonnante et contre-intuitive, mais petit à petit on réussit à en fournir une explication rationnelle. D'autres singularités statistiques du même type ont été notées, en particulier dans les tables numériques des mathématiciens – tables de nombres premiers, encyclopédie des suites numériques de Neil Sloane, etc. On cherche à élucider ces déviations mystérieuses contredisant le sens commun et manifestant une inégalité probabiliste inattendue entre chiffres et entre nombres. Certaines explications sont purement de nature mathématique, d'autres associent une origine mathématique et un intérêt particulier des humains pour certaines suites ou familles de nombres spécifiques.

Jean-Paul Delahaye est mathématicien et informaticien. Il est professeur émérite à l'université de Lille et membre du laboratoire CNRS Cristal. Il est auteur de nombreux livres et tient la rubrique « Logique et calcul » de la revue Pour la science

Bernard Maitte est professeur émérite à l'université de Lille

16 mars 2021, uniquement en streaming interactif sur esprit-archimede.org, 18h00

Marie Cauli, Inégalités de santé et accès aux soins : derrière les chiffres, des visages

Répondant: Francis Danvers

Les constats internationaux montrent que la santé constitue un impératif pour assurer la croissance économique et reste une priorité partout dans le monde. Malgré des progrès notables, les chiffres restent accablants mais surtout ne disent rien sur les itinéraires thérapeutiques des femmes et des ménages pauvres, des groupes de population vivant dans des zones isolées ou peu urbanisées où se construisent les premières inégalités à l'accès aux soins, induites par les conditions sociales, culturelles qu'économiques.

Marie Cauli est anthropologue, professeur émérite à l’université d'Artois

Francis Danvers est professeur émérite des universités, vice-président de l'université populaire de Lille et président de l'ALEA

25 mai 2021, uniquement en streaming interactif sur esprit-archimede.org, 18h00

Eric Ponthieu, Crise climatique, démocratie et gouvernance

Répondant: Alain Rives

Bien qu'étant temporairement éclipsé par le covid, le changement incontrôlé du climat constitue une menace d'une ampleur bien plus considérable que celle à laquelle nous faisons face aujourd'hui. L'un et l'autre requièrent de consolider les fondements démocratiques de nos sociétés pour pouvoir être efficacement tenus sous contrôle. Les opportunités de faire de la lutte contre le changement climatique un vaste projet sociétal d'unité et de solidarité sont immenses mais elles dépendent singulièrement de la mise en place de nouvelles formes de proposition, de décision et de mise en œuvre des politiques.

Eric Ponthieu est chef de l’unité Agriculture, développement rural et environnement au Comité économique et social européen, auteur de The Climate Crisis, Democracy and Governance Éditions Springer, 2020

Alain Rives est professeur à l'université de Lille et trésorier de l'ALEA

01 juin 2021, à LILLIAD et en streaming, 18h00

Eric Picholle, Individuation, (in)discernabilité et (in)égalités dans la « seconde révolution quantique »

Répondant: Daniel Hennequin

Dans les années 1930, des chercheurs ne peuvent admettre que la mécanique quantique soit considérée comme une théorie achevée, alors qu'elle admet un principe d'indétermination qui fixe son domaine de validité. Ils l'estiment incomplète : des « variables cachées » resteraient à découvrir. Parmi eux, Einstein, Podolsky et Rosen imaginent une « expérience par la pensée », le paradoxe EPR, destinée à restaurer un point de vue réaliste. En 1964, John Bell établit que, dans certaines conditions, les prédictions de la mécanique quantique et celles de la thèse réaliste se contredisent. Il fournit une quantification – les inégalités de Bell - qui doit permettre de choisir entre ces deux propositions. En 1982, Alain Aspect parvient à mener des expériences dans lesquelles les inégalités de Bell sont violées, violation démontrée dans un contexte plus général par le projet de science participative « Big Bell Test ». Ceci met fin à l'hypothèse des variables cachées : parmi les présupposés fondant le réalisme d'Einstein, il s'en trouve au moins un qui est illégitime.

Eric Picholle est physicien au CNRS, dans le groupe Photonique et Information Quantiques de l'Institut de Physique de Nice. Il est également responsable de l'axe « Histoire des Idées, des sciences et des pratiques » de la MSHS sud-est

Daniel Hennequin est physicien, chercheur au CNRS, au laboratoire PhLAM (Physique des Lasers, Atomes et Molécules) de l'Université de Lille. Il est président de la commission Culture Scientifique de la Société Française de Physique et président de la section Hauts-de-France de la Société Française de Physique

30 novembre 2021, amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Ugo Bellagamba, Bâtir l'égalité citoyenne : enjeux juridiques et représentations utopiques

Répondant: Daniel Hennequin

Le triomphe de l'utopie républicaine, Frédéric Sorrieu, 1848.

L'égalité citoyenne est l'une des constantes de l'utopie les mieux établies, depuis le texte fondateur de Sir Thomas More jusqu'à l'Icarie d'Étienne Cabet, et, le plus souvent elle est adossée à l'existence d'un système éducatif que détaillent très précisément les auteurs. De fait, il ne saurait y avoir de véritable citoyenneté sans l'apprentissage des vertus de la cité. Toutefois, à l'heure où sont remis en cause les mécanismes de l'État démocratique contemporain, le corpus utopique a-t-il encore quelque chose à nous apprendre ? Faut-il en revenir à la citoyenneté antique, libre de toute forme de représentation ? Une citoyenneté de devoirs est-elle vraiment préférable à celle des premiers libéraux du XIXème siècle ? À travers l'étude des idéaux égalitaires de l'utopie, nous pouvons mieux étalonner nos aspirations. Aux textes, citoyen(ne)s !

Ugo Bellagamba est historien du droit et des idées politiques, et auteur primé de science-fiction. Maître de conférence à l'université Côte d'Azur, il travaille principalement sur l'histoire de l'utopie, en lien avec la culture juridique et l'anthropologie, d'une part, et la science-fiction, d'autre part

Daniel Hennequin est physicien, chercheur au CNRS, au laboratoire PhLAM (Physique des Lasers, Atomes et Molécules) de l'Université de Lille. Il est président de la commission Culture Scientifique de la Société Française de Physique et président de la section Hauts-de-France de la Société Française de Physique